
Temps incertains, temps polymorphe où se déploie la dialectique de la discontinuité. Temps multidimensionnel où se confondent nos représentations et le devenir soi dans la reconnaissance de l'autre. Temps du... vieillissement dans l'immensité astronomique.
Le temps n'est pas seulement spectral, il est pliure de l'être dans le recueillement. Il est toujours récit du passeur.
Et le récit est déploiement du langage dans une temporalité improbable où s'évanouit l'être. La lecture se réalise dans l'attente, et celle-ci s'inscrit dans un processus temporel qui implique et l'oubli et la mémoire et avec elle la rémanence des phénomènes. La mémoire met en abîme l'être qui disparaît dans le puits sans fond des réseaux mnésiques. Nous ne pouvons avoir l'illusion de comprendre que dans le renoncement à la complexité.
Le temps se révèle à nous dans l'hypertextualité de son exégèse et la polyrythmie des durées nous échappe nous renvoyant à notre finitude. Dans tous les cas, nous sommes confrontés à l'herméneutique de nos récits aux voix multiples, à celui d'une pensée en fuite qui fugue et qui refuse de reconnaître les limites de ses propres fictions.
Le discours se construit dans l'espace problématique des causalités comme procédure de réduction où réside la pensée rationnelle. Mais si la conceptualisation est alors envisageable, le temps nous devient inaccessible dans toute son épaisseur. Le discours rationnel est un arraisonnement du réel pour un usage fonctionnel.
L'algèbre aussi est une écriture du temps tout comme la musique.
C'est à partir des représentations, des interprétations, des récits, assumés dans leurs dimensions provisoires et transitoires, que nous serons en mesure d'atteindre une certaine perception du temps. Laissons-nous une chance d'accueillir le monde sans arrière-pensée.
C'est une projection sans certitudes, sans systèmes pour étayer le pensable. Nous devons entreprendre ce long chemin à la rencontre du temps. Certes, au bout, il y a la confrontation avec l'autre de l'être. Le néant impensable se dresse comme un mur, mais un mur vecteur de sens. Celui-ci se dévoile rétroactivement par ce qui le nie. La vie, la mort, au milieu, notre temps et notre désespérance.
Au centre apparaît l'autre, l'autre qui ouvre le dialogue du temps, du temps passé, du temps présent, présence qui rend possible le récit du passeur.
C'est dans l'abandon de soi et l'avènement de l'autre que peut naître l'histoire.